Saisir la musique en notation blanche – une nouvelle extension du logiciel Finale
- Résumé
- Abstract
Le logiciel de notation musicale Finale ne prenant pas en charge la notation blanche de la Renaissance, Boris Freulon, étudiant au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et moi-même, Olivier Trachier, avons remédié à cette lacune en créant une extension appelée « Notation musicale XVIe ». Elle permet d’utiliser la plupart des caractères d’imprimerie musicale de cette époque : clés anciennes, notes losangées, pauses, notes noires, syncopes, signes d’altérations, indications métriques (ternaires en particulier), signes divers comme guidon ou reprise, texte, etc. Limité pour le moment aux classes d’écriture et d’analyse du Conservatoire, son usage ne demande qu’à s’étendre, pour faciliter l’accès des musiciens à un matériel plus authentique respectant les codes de notation de l’époque. Quelques exemples permettent ici de se rendre compte du résultat ; la police est fort belle et son maniement est, on le précise, tout à fait souple.
Plan
Texte intégral
Présentation générale, par Olivier Trachier
Combler une lacune informatique : tel était le pari que nous avons fait, mon étudiant oris Freulon et moi-même en 2011, rebutés par l’impossibilité de saisir de la musique en notation blanche(XVe-XVIIe siècles) sur le logiciel d’édition de partitions Finale. Quand on sait que cette façon de noter constitue une étape décisive dans l’histoire de la musique occidentale, qu’elle est utilisée par nombre d’éditeurs jusqu’à la fin du XVIIe siècle, on peut s’étonner de son absence sur le principal outil de notation assistée par ordinateur. Les concepteurs de Finale ont mené le travail à son terme pour les notations plus anciennes (du grégorien aux notations diverses des XIVe et XVe siècles), mais ont laissé la police en notation blanche à l’état d’ébauche.
Sur mes indications, et en s’appuyant sur de nombreux modèles d’époque, Boris Freulon a patiemment dessiné et construit un outil au maniement commode, facile à installer sur Finale 2006 et ses versions suivantes. Le résultat est pleinement satisfaisant – même si les remarques des futurs utilisateurs pourront être les bienvenues ; ce genre de matériel est évolutif, fort heureusement. Il rejoint, par sa qualité, le travail réalisé dans les années 1990 par Jean-Marc Poligné pour mon Aide-mémoire : Contrepoint du XVIe siècle publié chez Durand. La police Zarlino, que Jean-Marc Poligné avait passé tant de temps à peaufiner pour ce livre, est restée malheureusement confinée dans son propre ordinateur ; peut-être était-elle trop difficile à manier, tandis que nous étions encore à l’époque à « l’âge des cavernes » de l’informatique musicale grand public ; du reste, elle s’inscrivait comme extension dans le logiciel Berlioz, aujourd’hui abandonné.
Notre souhait est que cette nouvelle police puisse connaître un sort plus enviable, en particulier grâce à la diffusion que le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Parisautorise à présent par sa revue en ligne. Elle est déjà utilisée lors des examens, concerts et autres prestations publiques de musique des XVe, XVIe et XVIIe siècles qui ont lieu dans le Conservatoire. Par la suite, on va pouvoir la mettre à la disposition du public, en particulier au niveau de l’édition de musique ancienne. Il y a là une véritable place à prendre, la demande de matériel musical plus authentique tendant actuellement à augmenter. Les musicologues, chefs de chœur, chanteurs et instrumentistes ayant compris la nécessité d’avoir accès aux sources et pouvant à présent les lire grâce au développement d’enseignements adaptés, souhaitent pour la plupart d’entre eux retrouver leurs caractéristiques dans le matériel correspondant (édition, édition nouvelle ou mise en partition), en particulier s’il est réalisé de nos jours. Dans la polyphonie par exemple, il ne paraît plus souhaitable de mettre en partition les parties vocales originales en les transformant au niveau du rythme, des hauteurs, des clés… En effet, une actualisation de la notation trop poussée fait perdre les caractéristiques essentielles des musiques du passé lointain. Cela, le travail des précurseurs nous le montre bien ; les Haberl, Espagne ou Eitner ont mis Lassus, Palestrina ou Sweelinck en partition en respectant presque tous les paramètres de la notation d’origine. Pourquoi ne pas suivre leur exemple ? La question est restée longtemps en suspens, en particulier par défaut d’outil informatique adapté au grand public (certains graveurs travaillant pour des institutions spécialisées ont pu créer entre-temps des extensions performantes, mais seulement à usage restreint). C’est à présent réglé et je souhaite, avec l’aide de Boris Freulon, créateur de cette police « Notation musicale XVIe », faire partager ma passion pour des musiques trop peu diffusées et mon engagement à mieux les servir.
Présentation technique de la police « Notation musicale XVIe » pour Finale, par Boris Freulon
Le système que j’ai créé permet d’éditer facilement des partitions avec la notation blanche des XVe, XVIeet XVIIesiècles,en utilisant le célèbre logiciel d’édition de partitions Finale.
Le système se compose de 3 éléments :
- une police de caractères créée spécialement pour l’occasion, avec tous les signes et symboles nécessaires à cette notation, même les moins usuels : clés anciennes, notes losangées, pauses, notes noires, signes d’altérations, indications métriques (ternaires en particulier), points, signes divers comme guidon ou reprise, texte en caractères d’époque, etc. ;
- un fichier de configuration de police à intégrer dans les fichiers du programme Finale ;
- un fichier Finale configuré pour adapter le logiciel à la notation ancienne. C’est sur ce fichier que l’on travaille.
Le système a l’avantage d’être compatible à la fois sur PC et sur Mac, tant que l’utilisateur possède le logiciel Finale (version 2006 ou postérieure).
Dans le logiciel, on entre les valeurs rythmiques et les notes de manière traditionnelle, ce qui ne demande pas de réapprentissage pour ceux qui manient habituellement Finale. Cependant, certains cas de figure nécessitent d’utiliser un des outils avancés du logiciel, notamment pour les durées de notes plus longues que la note carrée moderne, pour les valeurs rythmiques qui enjambent la « barre de mesure » (en effet, on ne place ici qu’un épisème de mesure au-dessus de la portée et on laisse les syncopes en valeur unique sans écrire de notes liées), ou encore pour la notation en « notes noires » avec des têtes de notes noircies. La saisie se fait de manière relativement rapide et simple, du fait du grand nombre de raccourcis clavier qui ont été mis au point.
On peut ainsi éditer avec une rapidité étonnante des partitions en notation blanche en respectant tous les usages de l’époque, le tout sur un logiciel qu’un grand nombre de musiciens possèdent déjà.
Le lecteur trouvera ici en annexe trois exemples saisis avec « Notation musicale XVIe » : un double fragment de Boris Freulon présentant la plupart des caractères usuels de la police, un madrigal profane de Luca Marenzio à 4 voix avec paroles inscrites sous les notes, puis deux danses de Claude Gervaise à 4 voix, la seconde étant en mesure ternaire avec notes dénigrées. Les deux danses et le madrigal peuvent être écoutés.